J'enjambais le parapet du pont, la corde nouée autour du cou.

 

Je m'appelle Patrick2 . Je suis un malade alcoolique abstinent.

 

Il était une fois un adolescent qui a vu sa maman atteinte de la maladie du cancer. Il ne se sentait pas encore formé pour affronter la vie. Mes parents représentaient l'Idéal. Mon père commit une faute : il consommait modérément de la bière de table, et ne m'a jamais informé des dangers que pouvaient occasionner l'usage de ce produit .. et je voulais tant lui ressembler.

La maladie de Maman s'est étirée sur une période de cinq ans dans une atroce évolution. En cette période, je fut appelé sous les drapeaux (service militaire, Forces Armées Belges) et fis la connaissance du mess des sous-offs et de l'alcool à bon marché. Cuité le soir (pour oublier) sinon rien. Je devins, "à mon insu, de plein gré", non seulement un ivrogne mais atteint de plus, malade alcoolique.

 

En 1987, je me suis marié. Trois enfants sont nés de cette union. Puis il y a eu le divorce non à cause de l'alcoolisme direct, mais par pertes d'emploi pour des raisons économiques et... aussi, peut-être, à cause de l'alcool.

 

Un jour, ce fut le divorce, la séparation et la solitude. J'ai bu pour y trouver la mort. Mon médecin me suggéra l'hospitalisation en milieu psychiatrique. Chez les fous ! Mon deuxième séjour fut provoqué à l'issue d'un cambriolage commis par un drogué à qui j'avais confié mes clés... !!! C'est fou l'alcool !

 

J'étais abstinent depuis six semaines, sans projets, lorsque je nourrissais le projet de mettre fin à mes jours. Ma vie était finie, foutue, ratée et je n'en pouvais plus. J'avais choisi une corde, un pont, un fleuve, une dernière vision ensoleillée de ma ville,... une date.

 

Je n'en ai pas eu le courage le 13 mai 1998. Le lendemain, j'enjambais le parapet du pont, la corde nouée autour du cou. Une voix, derrière moi : "Ne fait pas le con, suis-moi". Je pleurais... j'étais vaincu... un sourire enfin. Il me paya un trajet jusqu'à un centre Marial. (On parle en AA de Puissance Supérieure). Le soir, cependant j'avais envie d'en terminer mais j'ai téléphoné aux services de secours. La Police me confia aux délices de la geôle. Le lendemain, vivant, le centre de santé mentale ALFA (Liège) me suggéra que j'avais probablement un problème d'alcool. Une dame me demanda si je connaissais les ALCOOLIQUES ANONYMES ? Les réunions se donnaient dans la même maison !!! Une joie énorme m'envahit : il y avait un espoir. Je me souviens que dans cette extase, j'ai été remercier les flics pour m'avoir bouclé. Je reconnais leur devoir aussi la vie et les en remercie encore.

 

Le dimanche 17 MAI 1998, je sonnais à la porte de AA. Un sourire extraordinaire m'accueillit. C'était Patrick "1". En début de réunion, on me baptisa Patrick 2. Je suis abstinent, heureux, depuis lors. (Je n'ai jamais connu la rechute à ce jour).

 

Ces 5 dernières années, je les ai consacrées à ma reconstruction. Ma santé physique en avait pris un fameux coup. Mon intellect était diminué. J'ai du me recadrer. J'ai fait beaucoup de réunions, confrontant et réajustant mes propres idées par le dialogue et l'écoute que j'y trouve toujours.

 

Que de bonnes choses se sont produites : amitiés, santé, logement, finances, joie de vivre,... Vous énumérer tous les bienfaits dont ma "bonne étoile" m'a comblé relève du Conte des 1001 Nuits. J'ai quitté un authentique taudis et me retrouve depuis plus d'un an fort bien logé. Je mange à ma faim. J'ai fini de rembourser mes dettes et n'en ai pas occasionné d'autres. J'ai retrouvé TV, et ai acheté un magnétoscope. J'ai pu me construire mon ordinateur. J'ai acquis tapis, plantes vertes et vaisselle. J'ai beaucoup d'amis en AA et hors AA. J'ai accepté mon abstinence comme mode de vie normale. Je suis heureux au quotidien. (On serait difficile, non ?) loll

 

Aujourd'hui, je me lance un nouveau challenge. Je me mets en quête d'un travail.  Pour m'y préparer, j'ai suivi 2 années de formation sociale dans une Haute Ecole. Je suis nanti d'un premier diplôme universitaire. C'est aussi dans cette optique que je me suis construit mon ordi.

 

DEMAIN est un autre jour. (Appartement, voiture, vacances, nouvelle vie conjugale et sentimentale...)

 

Tout cela (peut-être) à une seule condition : Vivre selon notre mode de vie. Si un jour, je devais perdre mon abstinence...,

AUJOURD'HUI, quoiqu'il arrive, je ne prendrai pas mon premier verre d'alcool". (Réflexion matinale).

 

Merci AA. Patrick 2

 

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