Il me
disait « Réjean ça va venir, avec le temps ».
(Un partage de Réjean)
Bonjour mon nom est Réjean et je suis un alcoolique, sobre pour
aujourd'hui par la grâce de Dieu, l'aide du mouvement des Alcooliques Anonymes,
et un peu de mes efforts personnels.
Je vais demander à mon
Être Suprême de m'aider, et si je peux aider quelqu'un, mon travail de 12ième
étape se sera réalisé.
Je vais m'identifier :
je suis le plus vieux d'une famille de 5 enfants, élevé par une mère très
sévère, et un père absent de par son travail et aussi de par son problème
l'alcool, il ne s'est jamais identifié, il est décédé et je n'ai pas à le
juger.
Pas de problème,
jeune, j'allais très bien à l'école jusqu'au jour où j'aurais voulu faire mon
classique pour avoir une profession . Pas possible car c'était trop
dispendieux, sans prendre un verre j'ai commencé à dérailler alors j'ai laissé
l'école pour me trouver sur le marché du travail au pic et à la pelle, à l'âge
de 17 ans et à ma première paye je suis allé à l'hôtel et j'ai consommé une
première bière et là mon aventure avec l'alcool a commencé et elle a duré 27ans
Je suis un privilégié
car je n'ai pas travaillé au pic et à la pelle toute ma vie. A 21 ans je me
retrouvais dans un bureau comme agent d'information pour une organisation
syndicale agricole, et là, la consommation a augmenté, je me suis marié à 25
ans et déjà j'avais un problème, si on n'avait pas fêté mon passage de garçon à
marié je n'aurais pas pu faire de voyage de noce car ce soir là on m'a amassé
325.00 dollars et en 1967 c'était beaucoup. De 1967 à 1988 j'ai changé de
compagnie de 10 à 12 fois, jamais on ne m'a mis dehors : quand je voyais que ça
chauffait, je changeais de place, je faisais un bon travail mais souvent je
n'étais pas en condition pour le faire, je recevais des avertissements et je
m'en foutais, je me disais « ils n'ont jamais sorti, et ce sont des saintes
nitouches, ils ne savent pas vivre »
En 1977 j'ai essayé de
fuir l'alcool, je suis allé travailler sur un grand chantier hydroélectrique
dans le nord du Québec pensant que changer d'environnement et l'éloignement me
feraient moins boire et ça n'a pas marché. J'ai été là 5 ans à gros salaire et
quand je suis revenu j'étais aussi pauvre qu'à mon départ je faisais des
périodes de travail de 10 mois sans sortir mais quand je sortais c'était
l'enfer.
Vous devez bien vous douter
que mon mariage n'a pas duré longtemps. En 1974 ma femme avec qui j'avais eu un
enfant a demandé le divorce après m'avoir surpris dans un logement avec une
autre femme, car en plus de la boisson j'avais des femmes partout ou j'allais.
Ca m'est arrivé comment de fois de me réveiller dans un lit avec une femme que
je ne connaissais pas sans savoir ou j'étais et comment j'étais arrivé là.
Un enfer !
Je voudrais vous raconter ma dernière cuite, en 1987. J'avais
suivi un cours de Maître d'hôtel-serveur et je suis entré à l'emploi d'une
auberge où il y avait une clientèle assidue qui aimait bien se faire servir par
moi. Le 22 décembre 1987 le patron fermait pour l'hiver. Il m'a donné mes
pourboires sur carte de crédit, ma paye de vacances et mon salaire. Ce soir là,
je suis sorti de l'auberge avec plus de 800.00 dollars, je suis allé dans
l'hôtel de seconde classe où je me tenais et j'ai bu jusqu'au 27 décembre, jour
et nuit car j'avais pris une chambre.
Cela, il faut que je me rappelle.
Ce soir là, un homme que je connais arrive et il me dit « Réjean
je vais aller te mener chez toi pour que tu puisses te laver et te changer car
tu pues ». Il est venu me mener chez nous et je ne suis ressorti que le 24
janvier 1988. Je ne souhaite à personne ce que j'ai vécu durant ce mois là.
Durant 15 jours, je ne
gardais rien même pas l'eau, j'ai vu des maringouins se promener avec des
bouteilles.
Pas très beau.
La seule chose que je pouvais faire : lire les journaux
régionaux et c'est là que j'ai vu une annonce « si tu as besoin d'aide appelle
»
Je restais en chambre
après avoir tout eu, je n'avais pas le téléphone, pas de meubles. Je suis parti
ce matin là pour Rimouski à pied où je pourrais appeler A.A. mais j'ai eu le
malheur d'arrêter dans un bar pour me prendre des cigarettes et là quelqu'un
m'a offert une bière et je n'ai jamais appelé A..A. Ce jour là on est venu me
reconduire chez nous à 3 heures le matin bien saoul.
Le lendemain, je suis retourné à Rimouski et là j'ai appelé A.A.
et j'ai fait mon premier meeting ce soir là. Merci mon Dieu je n'ai pas bu
depuis ce temps. Pour le nouveau, je ne te dirai pas que ça a été facile.
Durant 2 ans j'ai fait 8 meetings par semaine, mais je n'avais pas compris.
J'avais admis que j'étais un alcoolique mais pas accepté. Je me suis pris un
parrain comme on me l'avait suggéré. Il m'a bien guidé mais jamais je ne
mettais en pratique ses suggestions. Mais il me disait « Réjean ça va venir,
avec le temps »
Jamais cet homme là ne
m'a jugé ou ne m'a fait des remontrances. Après 2 ans je suis aller en
thérapie, je n'engage pas le mouvement là dedans mais moi j'ai eu besoin de ça
pour m'aider. Quand je suis parti pour la thérapie mon parrain m'a dit « Enlève
tes bouchons dans tes oreilles et laisse toi guider par les principes des
étapes (La thérapie était basée sur les étapes de A.A.) » 28 jours sans sortir,
pas de téléphone avec l'extérieur et là j'ai appris à vivre le Mode de Vie
A.A., j'y ai fait une 4 et 5 qui m'a délivré de mes obsessions.
Depuis ce temps j'applique
les douze étapes d'Alcooliques Anonymes dans tous les domaines de ma vie.
Au nouveau, en
terminant, je voudrais juste te dire, n'aie pas peur, prends des suggestions
des vieux loups, essaie de croire à une Puissance Supérieure, confie à cette
Puissance, prends-toi un parrain, fais beaucoup de meetings physiques, ne te
laisse plus jamais guider par des idées de consommer, appelle un membre si tu
as des envies. Je te souhaite ce que je vis présentement, un grand bonheur et
la sagesse d'en connaître la différence.
Je partage souvent dans
les salles mais je dois vous dire que c'est pas évident d'écrire sa vie. Lors
des prochaines semaines dans les situations qui se présenteront, je vous ferai
connaître comment je m'en suis sorti.
Merci A.A, merci aux
membres qui m'ont accompagné dans cette démarche (La plus belle de ma vie).
Merci à Francité d'être là.
Merci à ceux qui m'ont accompagné dans les services chez A.A. Je
termine en vous disant que j'aimerais tous vous rencontrer dans une salle.
Vous êtes ma famille
aujourd'hui.
Je vous aime. Merci MON DIEU d'être là.
Réjean alcoolique (Canada)