Je m'appelle Monique, je vois le jour le 11 octobre 1948, mon père
est facteur au PTT, ma mère couturière à domicile.
A ma naissance j'apprends que j'ai une soeur de 3ans1/2, un frère
de 2 ans, un frère jumeau; 6 ans plus tard naîtra un autre frère.
La bonne fée penchée sur mon "berceau" à ma naissance me
dira que je serais une rêveuse incorrigible qui, même après plusieurs
déceptions, croira encore au grand amour de l'être humain, et que si je ne le
rencontre pas sur mon chemin, je l'inventerais et je transformerais mes
"gens" médiocres en "gens" charmants.
Elle me confirmera que je serais adepte de l'ordre, de la
discipline et de la sécurité, très réaliste mais fonctionnant avec prudence
Elle me dira aussi que j'aurais une santé délicate pouvant provoquer
des traumatismes, mais que je dépasserais pourtant.
- Plus tard, je ne serais pas étonnée quand j'apprendrais que j'ai
le profil de la parfaite malade alcoolique.
Ma santé délicate commence dès ma naissance, je nais avec une
"division palatine" importante et je ne peux me nourrir normalement,
à l'hôpital où je suis de suite transportée, les médecins diront à mes parents
que je ne vivrais pas ( tiens ça commence! ), je suis baptisée à l'âge de 16
jours.
Je tiens bon, je suis opérée du "palais" à 9 mois et
ensuite à 2 ans, je poursuis mon petit chemin, vivante.
Lorsque j'ai 3 ans, mon
père est muté en Bretagne pour son travail, nous déménageons de la région
parisienne et pour mes 6 ans un petit frère complète la famille.
La même année je rentre à l'école, je fais un bon CP mais au cours
du CE1, je tombe asthmatique, j'ai souvent des crises d'asthme, manque souvent
l'école, le médecin précise à mes parents qu'il faut retourner dans la région
parisienne, le climat des côtes d'Armor ne me convient pas.
Retour à la case départ, ma mère me le reprochera ensuite très
souvent.
A la rentrée scolaire de mes 8 ans, une petite fille, - dont
aujourd'hui encore je perçois le visage -, se moquera de moi parce que je
nasille en parlant, toute ma vie je m'isolerais volontairement, parlant un
minimum même au milieu de mes frères et soeur, je deviendrais complexée et
timide, de plus ma mère m'ayant prise en "grippe" aura du mal à me
supporter, je passe les détails de l'enfant mal aimée que je serais.
J'irais quand même à l'école jusqu'à 16 ans avec beaucoup
d'absentéisme, ( tiens ça commence! ), car je ferais beaucoup la nounou des 2
enfants de ma soeur lorsqu'ils seront malades et m'occuperais de mes 2 frères,
de l'entretien de la maison avec tout ce que ça comporte; pendant ce temps là
mon père travaille comme facteur chef, c'est un grand "alcoolique",
ses tournées de facteur n'arrangeront rien, ma mère travaille comme
fonctionnaire, toujours présente au bureau, elle a un "autre homme"
dans sa vie.
Après obtention de mon diplôme du brevet ( BEPC ) à 16 ans, on me
met à travailler dans les bureaux liés à l'administration, mes frères devant
continuer leurs études d'après ma mère, ils ne feront jamais une bonne
scolarité, seront renvoyés des collèges, ne travailleront presque pas de toute
leur vie, mais seront toujours les préférés de ma mère et donc toujours
excusés, ma soeur et moi avons beaucoup souffert de cette injustice.
A l'âge de 18 ans
je rencontre un charmant jeune homme, c'est le coup de foudre, 1 an 1/2 plus
tard on se marie, on est en mai 1968.
En mars 1969 naît notre première fille, une enfant désirée,
surprise! , elle naît avec une légère division palatine, coïncidence! -non-, on
l'apprendra plus tard;
Elle sera opérée de cette malformation à 18 mois, aura droit à de
l'orthophonie et n'aura pas un nasillement au parler.
En mai 1974 naît notre deuxième fille, une enfant désirée,
surprise! , Elle naît avec une division palatine plus importante que sa soeur,
on nous dira: "hérédité", je pleure, je revois le film de ma vie;
Elle sera opérée à 18 mois et à 4 ans, aura droit à de
l'orthophonie pendant 4 ans, elle parlera sans nasillement.
Tout sera question que de dates marquantes ensuite.
En mai 1976, on s'installe dans un joli pavillon que mon mari a
construit de ses propres mains,
En juillet de la même année notre fille aînée à une ostéochondrite
des hanches, la médecine nous dira qu'il y a une fille pour 100 garçons qui ont
ce problème, -surprise! -,elle sera hospitalisée pendant 19 mois à 80 Kms de
chez nous, elle n'a pas le droit de s'asseoir ni de marcher, une dépression
s'installe dans mon être de "maman", je mange mal, je dors mal,
pleure l'absence de mon enfant, je suis souvent absente de mon travail, je vis
mal.
Mon alcoolisme commence en
cette année 1976, tout doucement, insidieusement, moi qui ne bois pas, je commence
à augmenter le verre de vin du soir car je m'aperçois que ça me fait dormir.
En 1978 ma deuxième fille sera réopérée de sa malformation,
Fin 1978, notre première fille rentrera définitivement à la maison,
En 1980, rebelote; notre fille aînée entre de nouveau à l'hôpital,
décollement de rétine! , c'est urgent, elle sera mal opérée, il faudra
recommencer 9 fois entre 1980 et 1985, tout ça pour rien, son oeil sera
"perdu",
En 1984, un grand chirurgien ophtalmo de réputation mondiale nous
apprendra qu'elle est atteinte d'une maladie dite "orpheline", après
examen, ça vient de moi, sa soeur est porteuse du gène, on sera toutes les 3
prises en charge entre interventions chirurgicales et soins au laser.
Pendant ce temps je m'alcoolise de plus en plus, pour oublier, -
oublier ? , Mais quoi? -, je ne sais même plus pourquoi je bois, je deviens la
"reine" de l'absentéisme ( tiens encore ce mot ) au travail, je ne
veux même plus y aller tant je suis dans un triste état physiquement.
Je parle de mon problème d'alcool à la médecine du travail,
au médecin du service du personnel de mon travail, à des médecins traitants, (
à plusieurs c'est mieux car ils ne feront rien pour moi ), tous me diront
" quand votre grande fille ira mieux, vous irez mieux", -à bon-, mais
comme je suis entrée dans la phase "alcoolisme psychiatrique", mon
raisonnement est déformé, je me mets à taper sur la maladie de ma fille, (
traduire que c'est elle qui prend les coups, mais mon cerveau ne voit pas comme
ça) je lui casse sa chaîne hi fi, la télé qu'il y a dans sa chambre pour elle
et sa soeur, enfin je fais du mal à tout ce qui lui appartient pour que sa
maladie s'en aille, y compris l'amour maternel.
Malgré toute ma violence, sa maladie est toujours là, le médecin
traitant aussi d'ailleurs, regarde s'il n'y a pas trop de bobo et après
règlement de sa visite, s'en va, Il s'en est fait de l'argent avec moi! .
Je deviens de plus en plus mal, je connais le coma éthylique, les
trous de mémoire ( on aurait pu m'accuser de n'importe quoi, je n'aurais pas pu
me défendre ).
Je commence à acheter les plus belles choses, les plus beaux
habits, j'irais même jusqu'à acheter un vrai manteau de fourrure, je promets à
mon mari que ça va me faire arrêter de boire, pourtant rien ne se passera comme
je pensais sincèrement.
En 1985, je commence à penser au suicide, ( ma soeur s'est suicidée
par pendaison cette même année; alcool + médicament, ça ne pardonne pas, elle
avait 40 ans ), je prends des médicaments, - mais pas assez pour mourir
réellement, c'est plutôt des appels "au secours"-, je commence à
taper mon mari, -l'alcool m'a permis ça-, c'est une horreur, les miens ont peur
de ma violence et me fuient, pourtant je les aime tant, - je suis envoyée en
psychiatrie -, - je me demande pourquoi chez les fous! -, je ne bois pas
normalement, c'est tout! .
En 1986, le 9 novembre, ma fille aînée appelle ma mère pour qu'on
les aide, sa grand-mère lui répond qu'elle ment, que c'est elle qui ne m'aime
pas, pendant ce temps j'ai réellement pris la décision de mourir, je suis à
bout, j'en ai marre de ma violence non voulue et de mon alcool, je bois tout ce
que je peux supporter, je mets même le réveil à sonner la nuit pour boire, pour
mourir, - j'aime les miens mais je suis devenue une "bête", une
loque,
Le 10 novembre, après avoir pris médicaments + alcool, je demande
pardon au Dieu auquel je crois et je m'endors,
Le 11 novembre, ( mon mari et mes enfants sont partis je ne sais
pas où ), ma mère vient à la maison, me remet une enveloppe, me dit de ne pas
montrer ça à mes enfants et s'en va, dans cette enveloppe il y a des petites
brochures, -Alcooliques Anonymes-, une petite carte d'un groupe AA et un n° de
téléphone, je me demande pourquoi ma mère m'a remis ça, je lis quand même les
brochures sans comprendre d'ailleurs, j'avais retenu qu'il fallait téléphoner
le lendemain à 19 heures chez un monsieur.
Le 12 novembre, à 19 heures juste, disciplinée comme toujours, je
compose le n° de téléphone, le monsieur me répond, je lui dis qu'il faut que
j'aille à la réunion qui est indiquée sur la carte qu'on m'a remise mais que je
n'ai personne pour m'emmener ( c'est à 16 Kms, le soir à 20 heures), il me
demande si je ne peux pas attendre le lendemain, et moi de lui répondre: -non,
demain je serais morte-,
-Ce mercredi 12 novembre 1986, le monsieur est passé me chercher
accompagné de 3 femmes, j'étais recroquevillée contre la portière de la
voiture, j'avais peur, je ne savais pas ou j'allais, mais "foutu pour
foutu!", je me laissais guider les larmes aux yeux, qu'est-ce qu'on allait
me faire! .
Je m'étais bien habillée, j'avais mis mon manteau de fourrure pour
faire mieux à voir,
je suis entrée dans une salle, il y avait des hommes et des femmes
biens, je
me suis assise, on m'a souhaité la bienvenue, chacun a parlé en
s'adressant à moi, tous on dit qu'ils étaient alcooliques, - c'est le seul mot
que j'ai retenu -,
Ce soir là, j'assistais à ma première réunion AA, je n'avais pas
encore compris que j'étais moi-même "alcoolique", j'avais compris que
j'étais sauvée, je n'ai jamais repris un verre d'alcool depuis ce soir là.
Merci de m'avoir lue.
Monique de aa-francite.org.