C’était une grande dame mais elle ne le savait
pas.
(Témoignage de la fille
d'une alcoolique décédée)
Bonjour,
Je ne me présenterais pas, non pas parce que j’ai
honte mais pour respecter le principe d’anonymat de votre association.
Je ne suis pas alcoolique moi-même, mais enfant
de mère alcoolique.
Je tenais à vous écrire une lettre aujourd’hui
car il y a quelques années au cours de mes études, une de vos réunions m’a aidé
à comprendre ma mère, ne pas la juger et surtout comprendre que l’alcoolisme
est une vraie maladie.
Ma maman vient de mourir à 50 ans d’une cirrhose
du foie, je pensais qu’elle avait arrêté et jusqu’au bout elle m’a affirmé
qu’elle ne buvait plus, pour me protéger sans doute et de cela je l’en
remercie ! Mais aujourd’hui elle me manque terriblement et je me dis que
je ne souhaite cela à personne et que si grâce à ce courrier je peux aider
quelqu’un, ne serait ce qu’une personne et bien j’aurais atteint mon but.
Ce que je voudrais dire aux enfants de parents
alcooliques, c’est de ne JAMAIS avoir honte de ses parents quoi qu’il arrive,
s’ils en sont arrivés là c’est leur histoire qu’ils n’ont pas forcément envie
de nous faire partager dans un souci de protection et cela en fait des parents
formidables car n’est ce pas le rôle des parents de protéger leur enfant ?
Si nous en avons honte ils le ressentent et
j’avoue avec désespoir aujourd’hui avoir eu honte de ma mère à certains moments
de ma vie ce qui ne l’a certainement pas aidé à enrayer cette maladie.
Je voudrais leur dire aussi qu’il ne faut pas
attendre qu’il soit trop tard pour leur dire qu’on les aime. Une maman reste
une maman.
Il y a environ deux ans j’ai écrit une longue
lettre à ma maman pour lui dire que je l’aimais et qu’elle était et resterait
ma maman même si notre histoire n’a pas toujours été facile. Je ne le regrette pas
et il y a quelques semaines elle m’a dit qu’elle était fière de moi et de ce
que j’avais fait de ma vie, à ce moment là je n’ai pas fait attention à cette
phrase mais aujourd’hui elle est gravée au fer rouge dans ma mémoire et même si
aujourd’hui j’ai mal je suis heureuse en même temps de l’avoir rendu heureuse
quelques instants.
N’hésitez pas c’est terriblement dur à dire ou à
écrire mais …….
Quand elle est rentrée à l’hôpital, les médecins
ont été clairs, j’ai voulu nier l’évidence et je n’y suis pas allée le
lendemain, je ne l’ai revu que dans le coma, j’espère qu’elle a entendu tout ce
que je lui ai dit.
N’oubliez pas une histoire d’adulte appartient à
l’adulte et même si parfois les enfants y sont mêlés cela reste leur histoire
Ce que je voudrais dire aux parents alcooliques,
les enfants surtout jeunes ne peuvent pas comprendre tout cela, moi-même je ne
l’ai compris qu’un certain vendredi et un certain coup de téléphone. Pourtant
j’ai cherché à comprendre mais elle n’a jamais voulu m’expliquer, peur de mon
regard certainement, peur de je ne sais quoi, peur de demander de
l’aide….Peur…..
L’alcoolisme est une vraie maladie, qui tue mais
aussi détruit des vies alentours.
Je ne cherche pas à vous convaincre d’arrêter,
j’essaye de vous expliquer un point de vue d’enfant qui vient de perdre sa
maman à cause d’une maladie qu’elle ne comprend pas.
J’ai 30 ans et pourtant à l’instant présent dans
ma tête je suis petite.
N’hésitez pas à demander de l’aide, ma mère ne
l’a jamais fait et moi aujourd’hui j’ai des regrets, je me reproche de n’avoir
pas vu, pas su dire, pas su l’aimer tout simplement.
Je ne vous demande pas de leur expliquer votre
histoire, elle vous appartient et cela on doit apprendre à le respecter mais
n’oubliez jamais à dire à vos enfants que vous les aimez quoi qu’il arrive dans
votre vie.
J’ai eu la chance que ma mère me dise il y a
quelques semaines que j’étais un enfant de l’amour, qu’elle m’avait désirée et
que j’étais ce qui était arrivé de mieux dans sa vie, aujourd’hui quand je vais
mal, je me rappelle ses paroles et même si la douleur reste là dans mon cœur et
bien j’essaye d’être courageuse car tout ce qu’elle a fait dans sa courte vie
je me rends compte aujourd’hui qu’elle l’a fait pour moi et uniquement pour moi
mais cela malheureusement je ne m’en rends compte que trop tard.
N’en veuillez pas à vos enfants de ne pas
savoir-faire ou dire devant ce " problème ", quand on est
enfant on n’a pas les mots et moi-même aujourd’hui je ne suis pas sure de les
avoir.
Quand on est enfant le meilleur moyen d’exprimer
sa peine est la colère, c’est plus facile tout simplement et les mots dits sous
l’emprise de la colère sont terribles, n’en tenez pas compte : ce sont vos
enfants tout simplement.
Voilà ce que j’avais envie de vous dire aujourd’hui,
lors des obsèques le prêtre a dit une bien jolie phrase que je souhaite vous
faire partager : " dans la vie il n’y a pas besoin d’un fusil
pour tuer, un simple regard suffit ".
Je ne suis pas spécialement croyante mais pourtant
aujourd’hui j’espère que ma maman me voit et va me donner de la force pour
continuer, car sous son air de faiblesse elle avait une grande force pour en
arriver là !
C’était une grande dame mais elle ne le savait
pas.
Merci