Un
jour, à l’occasion d’un de mes nombreux voyages en A.A., l’ai assisté à une
révolte classique contre l’esprit A.A. et notre contestataire d’un jour, à
l’appui de sa démonstration, déclara:
“Dans
tous les groupes, on dit que le nouvel arrivant est la personne la plus
importante de la réunion, mais personne n’a jamais pu m’expliquer pourquoi.”
Et
j’ai connu la honte! La honte, parce que cette idée me paraissait tellement
évidente que je n’avais jamais cherché, ni demandé pourquoi, moi qui suis passé
de la contestation au doute, puis à la soif de comprendre...
Alors
au risque de rejoindre notre contestataire, j’ai osé le: ‘Pourquoi dit-on
cela?”
Voici
ma réponse: “Mon nouvel ami, tu es la personne la plus importante ce soir parce
que:
- ta souffrance, tes premiers efforts,
ton courage me rappellent que rien n’est définitivement acquis, que je reste
constamment fragile, que je dois, chaque 24 heures, combattre pour consolider
ma sobriété, vivre heureux,
- en m’efforçant de t’aider à
t’éloigner de ton verre, je m’éloigne de mon propre verre.
- J’ai peut-être des problèmes plus
délicats que les tiens, mais mes “tracas” sont ridicules auprès de ta
souffrance.
- Tu es la justification de ma présence
ici, car tu m’évites la routine et le confort, parents de la paresse d’esprit.
- Oui, parfois, ta contestation
m’irrite, mais elle m’entraîne à réfléchir davantage sur mon cheminement dans
le Programme, à m’accrocher plus solidement à A.A.
- Tu es une justification de ma
sobriété puisque je deviens responsable de l’aide que tu me demandes si tu le
veux.
- Demain, tu seras plus riche que moi,
car à mon expérience façonnée à partir de celle que j’ai reçue des amis qui
m’ont accueilli, tu ajouteras la tienne, 24 heures à la fois.
- Tu es le sang neuf qui fait qu’un
partage n’est jamais répétitif,
- Tu es la raison d’être du groupe.
- En un mot, tu es la personne la plus
importante parce que c’est de toi que j’ai le plus besoin. Je ne dis pas “nous”
puisque je ne peux parler pour mes amis, mais sans l’espérance de ta venue, il
n’y aurait pas de groupe.”
Voici
donc, très honnêtement les raisons qui me sont venues à l’esprit, mais je suis
sûr en toute humilité, que nombre d’amis en apporteront d’autres tellement
évidentes que j’aurai “honte” de les avoir oubliées.
Jean-CharLes (France)