j’ai bu plus qu’un corps humain n’a le droit de
boire
Je suis le troisième d’une famille de six
enfants.
Mes
parents ne buvaient pas et il y avait une bonne entente entre eux. Par contre,
j’aurais voulu que mon père s’occupe beaucoup plus de moi. A cette époque, je
ne pouvais pas nommer ce que je ressentais comme un manque d’affection. Pour
avoir de 1'attention et de l’affection de sa part, je devais être bon dans tout
ce que je faisais. Mieux, je devais être parfait. Par conséquent, je gonflais
mon orgueil à chaque succès et j’étais déprimé à chaque échec. Avec le temps,
j’en suis venu à croire en ma perfection et à voir que j’avais la connaissance
et la sagesse de tout l’univers.
Il
fallait que je me fasse aimer par tout le monde.
Pour
y arriver, j’ai dû me tordre dans toutes les directions. J’avais peur de tout
ce que les autres peuvent penser ou dire de moi. Étant très sensible et fragile
sur le plan émotionnel, j’ai fini tout simplement par avoir peur des autres. En
conséquence, je me suis développé un orgueil gros comme un bœuf et je me suis
développé les peurs qui accompagnent un tel orgueil.
Je
ne me souviens pas au juste quand j'ai pris mon premier verre. Par contre, je
me souviens qu’en dixième année, au secondaire, j’ai pris une bonne brosse au
cidre avec des amis. J’avais trouvé dans l’alcool la soupape qui allait me
donner un répit de la pression que je me faisais vivre. J’aimais la sensation
de liberté et de légèreté, ainsi que la facilité avec laquelle je pouvais exprimer
mes idées et mes opinions sans avoir peur des autres. Je pouvais enfin être
moi-même, sans peur du jugement.
J’ai
bu et j'ai bu encore. Surtout pendant les fins de semaine, car il fallait que
je sois parfait pendant la semaine. Et quelqu’un de parfait ne boit pas, il
doit être responsable et remplir ses obligations. Je n’ai jamais bu seul, car je devais avoir un
auditoire avec qui partager mon savoir et ma sagesse.
Pendant
les années 1980, j’ai bu plus qu’un corps humain n’a le droit de boire. Mais
j’avais une forte constitution et une excellente santé. J’ai continué à bien
remplir mes fonctions. Même dans mon bas fond, j’ai toujours connu une bonne
performance au travail et j‘étais apprécié. J’étais par contre profondément
malheureux et très seul, mais je ne le voyais pas.
Dans
le but de me perfectionner et aussi pour trouver le secret du bonheur, je me
suis lancé, dans toutes sortes de cours de croissance personnelle et de cours
sur la spiritualité.
Je
ne voyais pas que j’avais un problème et je croyais encore que j’étais un
buveur social, car je ne buvais qu’en des moments spécifiques et que tout
allait bien au travail, dans ma famille et avec la plupart de mes amis.
Par
contre, j’avais des trous de mémoire quant à la fin de mes brosses, je
changeais de personnalité, je devenais agressif et intolérant et surtout, je ne
pouvais plus m’arrêter de boire lorsque je dépassais le troisième verre.
J’aurais probablement pu continuer longtemps comme ça, car avec mon orgueil, je
ne pouvais pas écouter quelqu’un qui ne disait pas comme moi.
Je
savais depuis longtemps que le mouvement des AA existait.
Au
bureau, un collègue faisait partie du mouvement et nous avions parlé un peu des
AA. Mais je n’ai pas continué mon investigation, car j ’étais dans une autre
démarche spirituelle et je pensais m’en sortir tout seul. Je ne voyais pas
encore que j’étais alcoolique. Je me cachais beaucoup de choses.
J’ai
connu mon bas-fond en avril 1990. Ce fut un bas-fond moral, car j’avais
toujours, à cette époque, une aisance matérielle et des amis, et je croyais que
la vie n’avait pas plus que ça à m’apporter. Un dimanche, comme je l’avais fait
mille fois auparavant, j’étais avec des amis et nous prenions une consommation
sur une terrasse. J’ai dépassé mon troisième verre et me voilà lancé à toute
allure.
Nous
sommes allés souper et j’ai continué à boire en commandant les bouteilles de
vin.. Et comme mille autres fois auparavant, je ne me souviens plus du reste de
la soirée.
Le
lendemain, je me suis réveillé chez quelqu’un et ma voiture était à la porte.
Je suis retourné chez moi pour prendre une douche et aller travailler. J’ai
travaillé quelques heures et je suis rentré chez moi avec beaucoup de honte, de
peur, de culpabilité et surtout d'écœurement de moi-même. Pour la première fois
de ma vie, je me suis aperçu que j’avais besoin d’aide.
Ce
fut un grand pas que d’admettre que j’avais besoin d’aide. J’ai pris l’annuaire
téléphonique pour trouver le numéro des Alcooliques anonymes et j’ai appelé.
C'est le plus bel appel que j ‘ai fait de ma vie. Un membre m’a rappelé et j’ai
fait un meeting le soir même, c’était le 23 avril 1990.
Ce
meeting, les douze Étapes, la chaleur du groupe et le partage qui, j’en suis
sûr, s’adressait juste à moi, ont fait que j’ai pleuré de soulagement et
d’espoir dans la voiture, en revenant chez moi. C’est comme si tout ce que
j’avais fait et appris dans ma vie prenait un sens. Une grande compréhension de
ma vie m’avait été offerte ce soir-là. Ma vie avait été un casse-tête et, ce
soir-là, toutes les pièces du casse-tête prenaient leur juste place.
Je
remercie mon Père céleste pour Sa bonté et Son amour. Je me suis rendu compte
que je pouvais demander de l’aide, que je pouvais parler de mes problèmes sans
crainte, surtout à un autre membre AA. Je me suis rendu compte que je pouvais
arrêter de me faire du mal, que je pouvais enfin vivre libre, sans fardeau ni
d’image à maintenir. Je peux simplement et humblement être moi-même et
réintégrer ma place dans le grand plan divin.
Je
me fiche maintenant que ma place soit petite ou grande, je sais, dans mon cœur,
que mon Père céleste m’aime tel que je suis et que je peux avoir confiance en
Lui. Je Lui demande souvent de m’aider à cultiver l’humilité, car c’est
seulement par l’humilité que je peux vivre heureux. Mon orgueil m’a poussé à
vivre seul et malheureux, avec l’alcool comme échappatoire. L’humilité me fera
vivre sereinement, car je n’aurai plus rien à défendre ou à cacher de moi-même.
Je demande à mon Père qu’il me fasse connaître Sa volonté et qu’il me donne la
joie de l’exécuter.
je
vis enfin une vie qui est plus légère, sans complications, et avec plein de
cadeaux. Il m’est impossible de vous faire la liste complète des cadeaux, aussi
bien matériels que spirituels, que j ‘ai reçu du Ciel. C’est pour moi tellement
nouveau de recevoir simplement toutes les manifestations d’amour de mon Père
céleste.
C’est
comme si mon Père céleste attendait que je Lui confie ma volonté et ma vie. Ma
façon de rendre grâce est de partager avec le plus de gens possible tous ces
dons, et de cela je suis responsable.
Le
mode de vie que les AA me proposent en est un qui vaut la peine d’être vécu
tranquillement, pour moi, et non pas pour les autres.
Bon 24 heure
Bob P. (Québec