Je bâtissais une vie que bientôt je ne maîtriserais plus

 

Bonjour mes amies, bonjour mes amis AA,

 

Toute ma vie, j’ai eu comme objectif le prestige et par conséquent le bonheur! En revoyant le film de ma vie, je constate que certaines études m’intéressaient comme les affaires et les sciences politiques, car reconnues et valorisantes, des prouesses sportives comme de nombreux titres de champion de voile, des responsabilités bénévoles citées: l’ensemble nourris­sait en moi des sentiments de bonheur apparents, des responsabilités qui me procuraient la gloire: mon orgueil s’épanouissait.

 

Dans les réunions publiques de toutes sortes que j’affectionnais, je recherchais à servir mon prestige personnel et déjà inconsciemment peut-être, je pense que l’alcool me donnait une illusion d’être mieux encore: “mon image de marque”.

 

Que dire de ma vie spirituelle sinon qu’elle était inexistante, mais que j’exaltais et étais comblé de disserter sur des sujets religieux avec arrogance. C’était cela le bonheur. !

 

Durant quelques douzaines d’années de ma première vie, verre après verre, puis bouteille après bouteille, je bâtissais une vie que bientôt je ne maîtriserais plus. Emporté sans m’en rendre compte dans le tourbillon du “boire”. Boire parce qu’heureux, boire dans les difficultés, boire pour fêter, boire pour honorer, boire pour paraître, puis boire pour calmer devenait l’essentiel de cette première vie. Sans trop m’en apercevoir, de jour en jour, d’année en année, je devenais le réalisateur de mes problèmes énormes de comportement, d’absence d’amour, de compréhension et de dirigisme. Je tissais la toile, ma propre toile, qui allait capturer dans son piège ma personne entière dans ce qu’elle comportait de plus intime, dans ce moi ultime dont parlent les spécialistes.

 

Autrement dit, en quelques années, en ayant encore une façade et la prestance, je subissais la vie parce que je subissais ses exigences, ses passions et ses vices, parce qu’incapable de dominer ma propre existence.

 

Qui plus est, malade... stress, dépression nerveuse, vous connaissez? , Ajoutés aux problèmes familiaux, je me retrouvais obligé de quitter mon emploi courtoisement certes, mais frémissant de peur et d’insécurité face au constat d’échec de ma vie. “Une vie est une mort anticipée”, disait Goethe. C’était mon état d’âme: le vide, la mort un soir d’avril où j’ai terminé cette première vie.

Je ne sais comment et guidé par qui... ? Quelque chose, quelqu’un ont fait que je n’ai pas perdu la vie dans ce périple et que le hasard m’a amené dans une chambre d’hôpital, plus précisément dans le bureau d’un médecin qui m’a donné la clé de l’énigme par un numéro de téléphone, celui d’un ami A.A. (mon parrain me dira plus tard que le hasard, c’est Dieu qui voyage incognito... !) Et là, le soir même, j’allais poser la première pierre de l’édifice de ma deuxième vie. Je dirais que, dès la première réunion, les A.A. m’ont tout de suite apporté l’espérance. Je voyais des hommes et des femmes de tous âges, de toutes conditions, se serrer les coudes et parler de leurs problèmes.

 

J’étais obligé de constater que nulle part ailleurs, je n’avais ressenti la chaleur d’une telle fraternité, placée sous le signe d’une amitié sans limite. On laissait tomber les masques pour n’être que Pierre, Paul,... alcoolique et heureux. On sentait, on ressentait la grande sincérité et l’immense désir qui animaient chacun à s’en sortir pour vivre et vivre normalement.

 

Je ne sais plus qui a dit que “l’espérance est un emprunt fait au bonheur”, mais je commençais à sentir dans ma vie un minimum de bonheur, beaucoup de sincérités l’amour qui renaissait, tout ceci dans la quiétude et le calme d’une paix intérieure. Cesser de boire m’apportait un mieux-être et petit à petit, je reprenais goût à la vie. C’est ainsi qu’une seule journée à la fois, je devais m’appliquer à maîtriser ma vie, mes activités et toutes mes relations interpersonnelles.

 

Il était impératif qu’après avoir assimilé lecture et compréhension des Douze Etapes de notre Programme, je passe à l’action. Mais c’était tout un programme, c’était ma solution. Il me fallait bien sûr tous les “moyens” pour réussir. Alors j’ai fait ce que l’on m’a dit de faire: réunions, téléphone, littérature, parrainage, service.

Service dans mes groupes d'abord puis divers postes à l'intergroupe. Aujourd'hui encore malgré mes difficultés pour me déplacer, je reste actif surtout derrière mon téléphone et répondre aux appels d'alcooliques en détresse.

 J'ai appris que l’inaction était inacceptable et qui n’avance pas, recule...

 

Eliminer jusqu’aux défauts, seul, je ne le pouvais pas, même si nous avons la qualité de nos défauts, car je ne voulais pas être pire ou plus beau que je ne l’étais. Je désirais être vrai.

 

La prière, la méditation et la réflexion n’étant pas depuis déjà de nombreuses années partie intégrante de ma vie, je devais bien sûr me rendre à l’évidence. Je devais réapprendre à réfléchir, à méditer, à prier (je ne savais pas), de la même façon que je devais réapprendre à vivre, à fonctionner: toute une rééducation progressive.

C’est difficilement, très bas que je disais avec espérance “mon Dieu... donnez-moi... la sagesse”. C’était à moi seul que revenaient la liberté et l’intelligence d’en faire usage dans ma vie avec l’aide indispensable de ma Puissance Supérieure et de son représentant parmi les hommes: mon parrain, de changer ce que je pouvais, d’accepter ce que je ne pouvais pas changer et la sagesse d’en connaître la différence. Prière pleine de logique et d’espérance: c’était si simple et pourtant... !

 

Puis au fur et à mesure que passaient les jours, en travaillant, en fraternisant avec des amis A.A., en lisant la littérature, en demandant des explications, en ayant le besoin de m’isoler pour faire le point avec moi-même, être en paix, j’en suis venu timidement à entrer en contact avec Cet Etre Suprême, mon Dieu... et plus tard à dire cette prière de la sérénité avec, j’ose le croire, sincérité, réconfort, sécurité et bien-être.

 

Le Programme A.A. est exigeant:

- le seul fait de bien vouloir chaque jour traduire son contenu dans son destin demande une grande rigueur et une immense honnêteté. Ne pas se nourrir de fantaisies, ces espèces de rêves où tout est merveille mais irréel et irrationnel.

- gérer sa destinée à chaque instant, car elle seule est entre nos mains, heureusement nous avons Dieu qui veille sur nous (si on le lui demande), afin de remplacer certaines déficiences par des qualités, apprendre à écouter, apprendre à aimer, apprendre...

 

C’est le programme de toute une vie, ma deuxième vie où il m’est important de cultiver le beau, afin de créer une ambiance apte à m’encourager sans cesse dans mes changements d’orientation vers la joie de vivre.

 

Ma seconde vie est née un 15 août 1989. J'ai vieilli depuis et j'ai de grosses difficultés pour me déplacer, des séquelles de mes excès; et pour que ma vie spirituelle continue, elle, à être confortable et harmonieuse, je me dois d’être en perpétuel contact avec Dieu et mes amis pour donner et recevoir, continuer à m’impliquer et partager en essayant de vivre L’IMPORTANT D’ABORD.

J’ai aujourd’hui l’audace d’avoir confiance et de croire au bonheur simple dans l'acceptation de ma vie telle qu'elle est.

 

Votre ami : Jacques D. (Paris)

 

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