Il a dit "Trois ans sans dessoûler.   Et,  ... avant  ..."

 

            "Douze" est un nombre fétiche en AA : 12 Etapes, 12 Traditions, 12 Promesses et même 12 Concepts.

            Aussi pour mes douze années d'abstinence en AA, je vous offre à vous toutes mes amies, à vous tous mes amis, ces 12 années en majorité heureuses et mon témoignage.

            Le voici.

            Quand je regarde ma vie, les chances que j'ai trouvées dans mon berceau et que j'ai gaspillé. Quand je regarde, ce qu'elle aurait pu être, à ce quelle a été faute à la boisson, je me demande, mais sans regrets:

"MAIS POURQUOI AI-JE TANT BU ?"

 

            Je proviens d'une famille unie et aisée, des parents qui se disputaient peu, des grands-parents simples et des tantes et oncles sans gros problèmes, nul n'était très riche mais nul n'était pauvre.

            L'alcool chez eux ? De rares excès, sauf peut-être un grand-père triste, asthmatique cloué dans son fauteuil, dont on chuchotait qu'il avait bu, beaucoup bu.

 

            Un seul petit problème, ma mère était de santé fragile, et un peu après ma naissance, je fus confié à une tante, sœur de ma mère qui m'a élevé, avec beaucoup de tendresse cependant.

            A huit ans mon père, a voulu que je revienne au domicile paternel.

            Une première déchirure dans mon enfance: Adieu mes parents d'adoption, adieu mes copains de jeux. Bonjour ces demi-étrangers: mes parents. Bonjour ce frère peu connu qui avait pris toute la place.

            J'étais l'aîné, mais le second occupant, un peu l'étranger, l'intrus chez moi.

 

            Pour moi, l'orgueilleux, je devais redevenir le premier, prouver qui j'étais.

            Je suis devenu le premier, enfin un des premiers dans mes études, excellant surtout dans les mathématiques et les sciences, disciplines qui s'étudient très bien dans la solitude, l'idéal pour celui que la timidité et l'orgueil empêchaient de communiquer !

 

            Etudes sans problème, service militaire, premier emploi, mariage et naissance d'un fils et deux filles.

 

            Ma réussite avait regonflé mon orgueil, le timide que j'étais allait montrer sa valeur. Je devais réussir ma carrière professionnelle!

             J'ai gravi les échelons. Promotion professionnelle tous les deux ou trois ans, je suis arrivé vite au sommet de la grosse société qui m'employait, et de ses filiales

            L'alcool progressait aussi en moi, La "cuite" chaque week-end; La présence hébétée à un de mes bureaux chaque lundi matin. Consigne à mes secrétaires: "Qu'on ne me dérange pas, je travaille sur un dossier important !"

            En réalité je cuvais mes deux jours d'alcool, le cerveau vide.

 

            Mon orgueil insensé était lui toujours là.

            Un soir je m'en souviens, j'ai dit à ma femme: Il ne reste plus au-dessus de moi, que le fils d'un des principaux actionnaires. Il faut qu'il s'en aille."

            Il est parti !

            Mais moi aussi !

            L'alcool m'avait rattrapé. Et descendu en flamme.

            Ma société avait des difficultés passagères. Il m'aurait fallu travailler efficacement le week-end. Impossible ! L'alcool d'abord ! Il me fallait boire, et préparer les plans de redressement … à moitié ivre.

            Les nouveaux actionnaires n'ont licencié. Avec indemnité pour services rendus, heureusement.

            Mon jeune adjoint a pris ma place. Il m'avait un peu poussé dehors. Ce n'est pas difficile à éliminer, un ivrogne ! Je n'avais pas 40 ans.

 

            J'ai bu de plus en plus, essayés divers emplois.

            Dans les brumes de l'alcool on ne va pas loin, le gagnant que j'étais est devenu un "loser" J'ai tout raté.

            Les trois dernières années, j'ai été ivre du matin au soir et du soir au matin. Réveil à 2 heures de la nuit, deux ou trois Whiskies. Et au lever, le premier verre, bu avec haut-le-cœur. Le deuxième passait déjà mieux.

 

            Dans une crise de boisson, j'ai quitté maison, femme et enfants (déjà grands heureusement) et me suivent imposé chez ma mère, veuve depuis peu.

           

            J'avais fait mes 12 étapes. Pas les étapes AA mais les étapes de l'orgueil,. Celles qui commencent par la croyance d'être maître de l'alcool et de sa vie, d'être sa "Puissance Supérieure" et se terminent dans les ténèbres du néant pur.

 

            Rien à dire contre ma femme. Ma maison me restait ouverte. Je m'y rendais souvent quand ma femme était au travail, mes enfants aux cours. J'étais tranquille pour boire.

            Un livre traînait dans le porte-journeaux: "Il ou elle boit ! Que faire?"

            En dernière page, des numéros de téléphone. J'en ai retenu un : "Alcoolique Anonymes". J'ai téléphoné, j'ai noté l'adresse et l'heure des réunions non loin de chez moi. Je me suis trompé de jour. Quelle chance ! J'ai encore bu une semaine.

Puis j'y suis allé. C'était le mardi 3 avril 1990.

Depuis, je suis abstinent

 

            De ce mardi 3 avril, quelques images fortes restent à jamais gravé dans ma mémoire comme dans un vieux film en noir et blanc: Imaginez la scène:

 

Un soir, il fait sombre déjà

Un homme qui porte une veste en cuir élimée et de couleur qui fut claire, s'arrête

Un homme  sonne à la porte d'une maison grise dans une rue pauvre et déserte

A la fenêtre une affiche ou le rouge et le blanc se mélangent :

 

"MARRE DE BOIRE ?"

Alcooliques anonymes !"

"Réunions les mardis et vendredis de 20 à 22 h."

 

La porte s'ouvre. Le "portier" apparaît trois marches au-dessus.

 -  "T'es alcoolique, toi ?"

 -  "Euh,.... oui, peut-être ".(C'est dit tout bas, en hésitant).

 -  "Viens, suis-moi.."

 

 Une grande pièce, une grande table, une trentaine de personnes qui se taisent.

L'orateur s'interrompt et reste muet pipe brandie en un geste inachevé.

(Il connaît l'homme qui vient d'entrer, ils habitent à 100 mètres de distance. Ils ont fréquenté la même école, il y a … longtemps).

 

Ensuite une grande cuisine avec frigos. Quelques percolateurs égouttent leur café.

La porte est refermée, ils sont trois.

Ils ont parlé longtemps, Ils ont bu beaucoup de café.

L'homme fumait  cigarettes sur cigarettes, celles que lui "roulait" en souriant le "portier".

 

Longtemps après, l'homme est reparti traversant furtivement la salle de réunion.

C'était le mardi 3 avril 1990.

 

Vendredi suivant l'homme est revenu, il est entré, il n'a pas sonné, ce n'est pas nécessaire : la porte est toujours entr'ouverte.

 

On lui a fait place à la grande table. Il a bu du café.   Il a déposé sa solitude, son désespoir.   Il était chez lui !

On ne lui a rien demandé. On lui a souri.

 

Il a dit "Trois ans sans dessoûler.   Et,  ... avant  ..."

Il a ajouté : "je n'ai pas bu depuis mardi".

 

Cet homme c'est moi.

 

Longtemps après j'ai demandé à mon ami Joseph, le portier d'alors:

Qu'as-tu pensé de moi ce jour là ?

Voici la réponse:

- "T'étais bouffi, t'avais le nez rouge, t'étais pas bien frais. T'avais l'air d'un emmerdeur de première (et cela s'est confirmé).

Mais cela se voyais que t'en avais marre de boire, même si tu ne l'avouais pas encore !"

  

Que me serait-il arrivé s'il les AA de la grande table ne m'avaient pas offert gratuitement, généreusement sans esprit de retour, l'espoir qu'eux même avaient un jour reçu gratuitement.

Je sais qu'alors je n'avais RIEN à donner.

 Serais-je mort ou fou aujourd'hui ?

 

            J'ai alors tenté d'avancer dans le programme

            La première Etape ? Facile ! Je suis alcoolique et je l'ai drôlement ratée ma vie.

            La deuxième ? J'étais là non ! Et vous les ivrognes autour de la table vous m'êtes supérieur en abstinence heureuse. Pour cela, vous m'êtes Puissance Supérieure

 

Mais la 3e Etape !!!

            Comme un chiot qui court après sa queue, j'ai longtemps  couru vainement des 2 premières en douzième étape en oubliant entre elles le corps de notre programme, et j'ai vainement cherché ce relèvement spirituel promis.

Comme le chiot, je n'attrapais rien si ce n'est l'illusion de transmettre le message

 

.

            Et un jour.

            C'était en juin. J'étais nouvel abstinent encore hésitant sur mon devenir.

            Je sortais d'un groupe hôpital où je venais d'apporter mon témoignage d'ivrogne abstinent depuis peu, et de recueillir celui des autres.

            Il faisait beau, et clair encore, malgré l'heure tardive.

            Je repassais en mémoire le sujet débattu entre nous, la troisième étape: "Nous avons décidé de confier notre volonté et nos vies aux soins de Dieu tel que nous le concevions."

 

            Il me sembla que quelque chose autour de moi avait changé.

            L'air me devint plus léger. C'était indéfinissable.

            J'étais en paix pour la première fois depuis une éternité.

            J'étais toujours seul sans contact avec ma famille et sans travail sérieux, et pourtant j'étais, tout à coup, en harmonie avec l'univers.

            Je ne comprenais pas bien ce qui m'arrivait, je ne cherchais d'ailleurs pas à comprendre.

            Instinctivement, j'avais admis que l'important n'était pas de comprendre mais de me laisser imprégner par la magie de l'instant. Il me suffisait de cueillir ce moment de le respirer et de le savourer.

 

            J'étais alors un mécréant et consciemment il m'était impossible d'accepter cette étape.

Je ne l'ai d'ailleurs admis sans restriction que beaucoup plus tard.

            Mais plus fort que la raison, je sais aujourd'hui qu'au fond de moi, là où le rationnel n'a pas sa place, j'avais franchi une marche sur l'escalier de l'Esprit AA.

 

Vin enfin les 4e et 5e Etapes: un accouchement difficile:

J'ai suivi conseils, exemples et exhortation de mes amis: Une page de papier et de la bonne volonté.

            Pendant 2 ans, j'ai écrit, puis froissé et jeté ces papiers. Une nouvelle page blanche chaque fois.

            Je faisais de la littérature sans sincérité profonde. Il est facile d'aligner une liste de défauts et qualités et de dire ça oui, ça non !

             Et après !!!

 

            Un mercredi je rentrais d'un "meeting" d'un groupe ami.

            J'étais perturbé, très perturbé émotionnellement depuis quelque temps. Je n'ai rien dit, je suis rentré chez moi avec mon mal-être.

            Impossible de dormir. Tremblant, incapable de rester en place, j'hésitais à avaler pour la première fois de ma vie, un médicament anti-stress de ma mère.

            Une heure, deux heures du matin, je ne sais plus, le téléphone sonne tout à coup.

            Un ami AA. Il n'était pas bien.

            Je ne l'ai pas écouté, j'ai dit "D'abord moi !" Et j'ai parlé.

C'était le début de mes 4e et 5e Etapes.

 

            Le samedi, je rencontrai mon premier parrain AA. Cela n'a pas suffi.

            Un troisième ami, m'ayant vu, à compris mon malaise, il a quitté son travail. Nous avons marché longtemps le long d'une rivière proche. J'ai parlé, parlé. J'ai dit mon mal-être.

Il a été impitoyable, Je me croyais un martyr et je n'oublierai jamais ses paroles :

            " Quel orgueil, tu es un beau salaud toi Robert !".

 

            Il avait raison c'était ces défauts, ces failles dans mon caractère qui m'empêchaient d'être en paix;

            J'ai continué ensuite, seul ou avec mes parrains cette analyse en demandant à ma puissance supérieure de m'aider à être sincère.

 

J'avais trouvé:

            Voir toutes les situations ou j'avais été perturbé, tous les actes négatifs de ma vie et chercher quel étaient ces traits de caractère négatifs et tenter d'y remédier

            Voir aussi mes jours de paix et de joie, y associer mes qualités et chercher à les cultiver

 

            L'inventaire et l'aveu ces 4e et 5e Etapes ont duré quelques deux semaines;

 

            Après ce déclic les autres Etapes ont suivi plus facilement.

Superficiellement parfois, jusqu'à la Douxième dont une partie parle de porter le message et ouvre la porte sur le service

 

            Servir !

            Servir d'abord son groupe : trésorier, secrétaire, littérature et enfin RSG …

            Le café aussi, ouvrir seul chaque dimanche pendant un an un groupe voisin qui se mourrait

            C'est aussi, la mise en place de la première Permanence téléphonique de ma Régionale. Elu presque à mon corps défendant : Président. Mes premières grosses disputes !!!

            Aujourd'hui, j'ai abandonné toute fonction en AA. Mais je reste fidèle à mon groupe d'attache. J'en reste membre actif, disponible lorsqu'on a besoin de moi.

            Ma présence sur le Web (AA-FRANCITE), est une autre façon personnelle de servir.

 

            Actuellement, mes enfants sont mariés. Ma femme et moi nous sommes séparés de commun accord.

            Grâce à un  aveu de mes erreurs et tentative de réparation de ces fautes, nous restons liés par une certaine amitié que des enfants communs confortent;

            Mes enfants vivent une vie normale. Il semble que mon alcoolisme ne les perturbe plus avec le temps.

            Je vis avec mon chien.

            Ma vie sentimentale ne s'est pas simplifié mais ne me perturbe pas profondément. Cela aussi est une des promesses de notre programme

           

            J'ai été occupé dans des emplois très variés, beaucoup moins rémunérateur qu'avant mais mille fois plus intéressant par la variété et l'utilité. J'ai suffisamment pour vivre aisément et je n'ai plus de dettes. Actuellement, j'ai un petit travail de consultant indépendant qui me permet de vivre sans autre ambition que ma croissance spirituelle. Je suis en paix.

            C'était mon destin. Celui que mon Dieu m'a assigné.

            C'est très bien ainsi.

 

            Pour terminer J'aimerai vous dire ce que pour moi est AA;

            AA  pour moi, c'est une foi : Une foi en ce "JE NE SAIS QUOI" qui a accompli ce "miracle" de me faire connaître AA, accepter et capituler. Ce "JE NE SAIS QUOI", que nous appelons "PUISSANCE SUPERIEURE". Et pourquoi pas: Dieu ?

 

            AA, pour moi encore, c'est, non des personnalités, mais des personnes

J'ai compris vite (mais à chacun sa vérité) que c'est dans nos Groupes indépendants, protégés et unis par nos Traditions, que se crée ce miracle de l'abstinence et que tout le reste ne serait, pour moi, que vanité.

            Je n'ai pas oublié que c'est là dans ces Groupes que j'ai rencontré pour la première fois ces femmes et ces hommes merveilleux et libres qui m'ont offert cette clé pour la paix: l'abstinence.

            Ces hommes et ces femmes, je m'en souviens comme si c'était hier.

            C'est Joseph qui répondant à mon coup de sonnette a ouvert la porte du local AA, mon premier contact, ma première réunion. Lui qui m'a fait si peur lorsqu'il ma demandé de sa grosse voix : "T'es alcoolique, toi ?" , Qui m'a emmené dans la petite cuisine où se passait l'accueil des nouveaux, et qui me roulait cigarettes sur cigarettes avec son tabac pour calmer ma nervosité, mon paquet trop vite épuisé.

            C'est Jojo le deuxième ami qui nous à rejoint, qui m'a rassuré quand je lui ai dit (et je le croyais) que personne n'avait jamais bu autant que moi. C'est lui qui a réussi à me faire rire avec l'histoire de sa voiture aux deux "lave-glace" un pour l'eau, l'autre pour sa réserve de Whisky, tandis que joseph m'expliquait comment ses bouteilles étaient cachées sous ses "légumes" dans son jardin à l'insu de sa femme.

            C'est Jacques, mon voisin de rue, qui est resté bouche ouverte au milieu de sa phrase, la pipe à la main, en me voyant entrer, et qui  plus tard m'a fait connaître plus d'un groupe de la région.

            C'est Dany qui est venu près de moi gentiment m'expliquer que son épouse pouvait conduire la mienne aux Al-anon.

            C'est "Sévérino", l'Italien à l'air sévère, "l'ordonateur" de mes premières réunions, que je prenais pour le "Parain" respecté d'une hypothétique "mafia".

            C'est  Vicky, aujourd'hui décédé abstinent, qui parlait avec tant de respect du programme spirituel des AA.

            C'est Nicole qui patiemment m'a fait accepter (il lui a fallu longtemps) l'idée d'une "Puissance Supérieure"

            C'est Jean-Marie, qui me voyant passer devant son guichet à la gare, a compris que j'allais très mal et que je pouvais rechuter. Jean-Marie qui n'a pas hésité à quitter prématurément son service pour m'emmener dans une longue promenade le long de la rivière et dans le début de ma quatrième étape.

            C'est Pierrot avec qui je me suis tant disputé et avec qui je me dispute toujours. Et pourtant mon complice pour la défense du Groupe et l'accueil des nouveaux. Lui qui ayant appris une des mes grosses colère à la Régionale avec notre administrateur, est venu (avec Dany) simplement me retrouver et sans un mot me réconforter de sa présence.

            C'est Jean Pol (l'homme de Cointe) jean Pierre (un parrain), Elizabeth, Patrick Gabriel,.... vous toutes et tous, ici et ailleurs ; C'est beaucoup d'amies et d'amis abstinents ou non, toujours ici-bas ou décédés, mes compagnons dans ma longue marche en AA vers un autre mode de vie.

 

            Alors moi aussi, j'ai voulu être l'un de vous et transmettre ce message d'espoir comme il m'a été  transmis.

            AA c'est aussi toi l'ancien, c'est toi le nouveau, toi le rechuteur toi qui pense comme moi ou toi avec qui je ne serais jamais d'accord.

            C'EST VOUS TOUTES ET TOUS, MES AMIES ET AMIS D'AA FRANCITE

 

            J'espère, tous, vous voir  et revoir, vous lire et relire longtemps encore

 

 

Merci.

Robert S. alcoolique.

 

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Merci.

Robert S. alcoolique.

 

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